Les mots de Souleymane Diamanka

 Les mots sont les vêtements de l’émotion
Et même si nos stylos habillent bien nos phrases
Peuvent-ils vraiment sauver nos frères du naufrage…”

 

SOULEYMANE DIAMANKA 

dans

Les Poètes Se Cachent Pour Écrire


Souleymane Diamanka, Slammeur et griot, poète urbain et magicien des mots. Amoureux des mots jusqu’à la précision, sans pour autant laisser la quête de la précision ravir l’émotion. Je le découvre peu à peu  et la beauté et la maturité, la poésie des textes que je découvre me touche. De sa voix grave il aime à se situer dans sa lignée familiale s’ancrant de fait dans son héritage peul de même que dans la culture française. Les peul peuple de bergers d’Afrique occidentale valorisent l’oralité comme mode d’expression et de transmission. Le pont entre le griot et le slammeur est vite franchi. Les mots comme héritage, les mots comme transmetteurs d’être et d’états d’être. Les mots comme des armes pour dire les blessures et aussi pour guérir. de ses racines peul il les déclame.

“Je m’appelle Souleymane Diamanka dit Duajaabi Jeneba

Fils de Boubacar Diamanka dit Kanta Lombi

Petit-fils de Maakaly Diamanka dit Mamadou Tenen(g)

Arrière-petit-fils de Demba Diamanka dit Len(g)el Nyaama

Et cætera et cætera…

J’ai été bercé par les vocalises silencieuses de mes ancêtres

Et je sais que cette voix jamais elle ne s’éteindra”

(Extrait de : L’hiver Peul)

Comment dire mieux que lui ce qu’il est ?

Je l’ai entendu raconter lors d’une interview le fait que son père tenait à ce qu’à la maison ils parlent uniquement le peul. Ce père dont on entend la voix dans l’hiver peul. Il tenait à ce que ses enfants soient des peuls de bordeaux, que le fait d’être de bordeaux ne les coupe pas de leurs racines. Le père qui n’a pas voulu que la barrière de la langue se dresse entre ses enfants et lui. Ce père qui n’a pas voulu qu’une appréhension non maîtrisée de la langue française le déprécie éventuellement aux yeux de ses enfants qui auraient pu à cause de la barrière de la langue ne jamais aller à la rencontre de la noblesse de ce père. Souleymane Diamanka reconnaît dans son entretien que cette décision du père a été salutaire pour le regard de ses enfants sur lui et sur la culture d’origine. Souleymane Diamanka peut ainsi déployer les deux ailes de son double ancrage culturel et offrir des textes et des mots à l’interconnexion de son double ancrage. Du slam certes mais bercé par des musiques et des instruments venus de la terre de ses pères. Ce double ancrage apparaît dans la beauté de l’expression et du texte de “l’hiver peul”

Le “poète peul amoureux” “pose sur ses cordes vocales un tapis de velours” pour dire sa muse amoureuse que dans sa langue il appelle mon amour. “Une muse pose nue dans une métaphore et métamorphose son poète en peintre”. Pour entendre la beauté de cette déclaration je vous laisse découvrir la muse amoureuse dans son album l’hiver Peul.

Retourne sur ta planète est un morceau magnifique qui parle de l’état déplorable d’une planète qui a choisi la guerre, la vengeance. “Retourne sur ta planète la terre c’est trop dangereux”. La beauté de la musique et le calme de sa voix contrastent singulièrement à l’état des lieux qu’il fait de la planète. J’aime beaucoup le sens de l’image qui est l’une des forces de ses textes.

Les poètes se cachent pour écrire est un beau texte pour dire son rapport à l’écriture. Il mêle le français et le peul et dans sa voix les mots passent d’une langue à l’autre sans rupture. La musique envoutante semble accompagner une incantation quand il parle peul. C’est un beau texte qui est et ça se comprend le préféré d’une princesse peul amoureuse éperdue des mots. Dédicace…

L’hiver peul est un texte magnifique. Mon père était berger avant d’être ouvrier. Il était prince avant d’être pauvre. Avant ce bâtiment quelconque dans la clairière des oubliés, il habitait une case immense…”

Je pourrais continuer encore et encore mais je vous laisse aller à la rencontre de Souleymane Diamanka en vous livrant encore quelques-uns de ses mots.

Dans le chagrin des anges il dit cette chose magnifique  qui dit son rapport aux mots et à la fonction sociale du poète : “nul n’est poète en son pays et pourtant j’ai vu ceux qui suent et deux qui saignent devenir ceu qui sèment les mots qui soignent”.

Trouver le mot juste pour dire l’impression, résumer en une locution ce que d’autres diraient plus longuement, les mots qui claquent déclamés d’une voix douce et maîtrisée. L’homme prend de la hauteur sur la situation sociale et en livre une lecture humaniste comme s’il parlait avec la voix et la sagesse des ancêtres : “on nous montre la violence des jeunes dans les rues infestées mais je sais que la haine c’est un chagrin qui s’est infecté” (le chagrin des Anges). Il fallait la trouver cette expression vous ne trouvez pas ? Faut-il qu’il ait foi dans la puissance de guérison des maux par les mots pour avoir cette lecture de la situation sociale. Sur son site il y a un poème en construction qui éclaire sur son appréhension de la vertu curative du verbe.

J’aime par ailleurs ses mots dans papillon en papier qui en parlant de ses mots dit ceci  : “même s’il est né de ma plume, si tu l’as aimé et qu’il t’a plu, ce n’est plus mon poème”

Je vous laisse aller à la rencontre des mots de Souleymane Diamanka, des mots qui laissent une place à qui écoute pour y trouver sa place. Ces mots généreusement offerts bien que nés de sa plume ne seront plus les siens, mais ils seront aussi les vôtres parce que vous les aurez reçus, vous vous les seriez appropriés. Ah si vous entendiez son salut au vieux Sahara accompagné d’une musique entêtante qui semble vous transporter dans une nuit au désert.

J’ai attendu longtemps que le néant s’anime

Que chaque mot trouve sa phrase

Et que chaque phrase trouve sa rime

Le pays des songes est derrière une grande colline

Pour écrire, je me sers de la réalité comme d’un trampoline

(Moment d’Humanité)

De mon point de vue la réalité est un trampoline dont Souleymane Diamanka se sert de fort belle manière. Il vaut la découverte et sa voix est superbe. Que dis-je à tomber par terre.

Chantal Epée

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