Hors des jours étrangers par Aimé Césaire

Mon peuple quand hors des jours étrangers

germeras-tu une tête tienne sur tes épaules renouées

et ta parole

Le congé dépêché aux traîtres aux maîtres

le pain restitué la terre lavée

la terre donnée

Quand ?

Quand donc cesseras-tu d’être le jouet sombre

au carnaval des autres

ou dans les champs d’autrui

l’épouvantail désuet ?

Demain

A quand demain mon peuple

la déroute mercenaire

finie la fête

Mais la rougeur de l’est au coeur de balisier

Peuple de mauvais sommeil rompu

peuple d’abîmes remontés

peuple de cauchemars domptés

peuple nocturne amant des fureurs du tonnerre

demain plus haut plus doux plus large

Et la houle torrentielle des terres

à la charrue salubre de l’orage

(Aimé CESAIRE, Ferrements, 1960)

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