Blick Bassy a enchanté le New Morning ce 14 octobre



Cela faisait un moment que je n’avais pas eu l’occasion de voir Blick Bassy sur scène. Faute d’information, j’avais manqué son précédent passage au New Morning.

Par bonheur, l’artiste en vedette avait eu la bonne idée de s’offrir une première partie de grande classe. J’apprécie que les artistes n’aient pas peur de laisser passer avant eux des personnes talentueuses pour leur permettre de présenter leur univers et de le tester face à des personnes qui ne les attendent pas nécessairement. Blick Bassy et Muntu Valdo sont complices et amis depuis des lustres et, la manière dont le second a parlé du premier lors de sa belle première partie l’atteste.

Après le passage de Muntu Valdo, le public attend Blick Bassy. Etrangement, il n’y a pas de fébrilité surfaite, comme si le public savait que sa venue est certaine et qu’elle est une promesse de beau. Ceux qui sont là semblent être, sinon des habitués de ses concerts, tout au moins des personnes familiarisées à sa musique.

Une des choses qui marque chez Blick Bassy, c’est l’assurance tranquille qu’il dégage malgré sa jeunesse. Il faut dire que l’homme a du métier. Cela fait des années qu’il chante, compose, produit, invite des artistes d’univers différents à exprimer leur talent sur une musique. Depuis le Cameroun, cela fait un moment que l’artiste se construit en forgeant son univers.

La première fois que je l’ai vu sur scène à la belleviloise, ce qui semblait lui manquer c’était l’échange avec le public. Le concert de vendredi a démontré que cette lacune, si lacune il y avait a été largement comblée. Il a trouvé son langage, celui par lequel il rencontre son public, l’invite à le suivre en quelques mots, établit une complicité.

Le chanteur n’est certes pas prolifique quant aux mots. En revanche il les distille çà et là pour s’assurer de ce que l’auditoire et lui sont ensemble. Il glisse quelquefois un charmant « vous êtes vraiment très sympathiques. »

Blick Bassy arrive sur scène avec discrétion. Il est vêtu d’un ensemble blanc, et avec pour arme sa guitare. Il se pose sur un tabouret et ferme les yeux. Il ne s’adresse pas à nous immédiatement par des mots dit. Pourtant cela ne heurte pas. Il sait, nous savons que notre lien est son art.

Il commence à jouer accompagné de ses musiciens. Le concert commence. Sur scène avec lui un guitariste, un percussionniste, un batteur et un bassiste. Le chanteur nous invite à venir à lui par le langage par lequel il s’exprime le mieux, sa musique. L’une des choses qui me touche chez cet artiste c’est l’abandon avec lequel il vous invite dans son univers. Il n’est pas extérieur à ce qu’il raconte, il n’est pas blasé et sa belle langue, le bassa se fait magnifique dans sa voix, dans ses mots, dans son émotion.

Des chansons du premier album comme celles de Hongo Calling sa dernière parution se mêlent pour nous émouvoir ou nous inviter à danser. Mais voilà au New Morning, à ma grande frustration, on pratique l’assiko assis. Mais quelle idée. Jean Bikoko Aladin en ferait des cabrioles dans son sépulcre.  Pour ma part j’ai choisi à un moment de me diriger vers le fond de la salle pour ne pas me contenir davantage. Mais revenons au concert.

Les chansons de Blick Bassy vont du « je » au « nous » ouvrant à des mini histoires qui révèlent que le jeune homme a les yeux ouverts sur le monde qui l’entoure. Comment ne pas se laisser toucher par la présentation de sa chanson sur ces personnes que l’on ne voit plus même quand nos regards se posent sur eux. Blick nous rappelle que l’on peut les réinviter dans l’humanité par un regard, un sourire.

Par une autre chanson il parle de la solitude du migrant face à l’incompréhension de ceux qui restent et n’ont pas conscience des luttes au quotidien pour survivre. Il effleure aussi la question de la dette qui le relie au pays, à ceux qu’il se sait tenu de soutenir.

Bien entendu il a chanté Maria et Donalina sans lesquelles le concert n’aurait pas été complet. Sur ces chansons le public était en phase. Les chansons ont pris de l’épaisseur parce que nous y avons inscrit un peu de nous. Elles ne sont plus tout à fait à lui, elles sont notre histoire commune avec lui.

Il y a eu un joli moment sur la chanson « Massé » dès les premiers accords le public réagit. La chanson fait déjà partie des classiques de son public. C’est une chanson qui parle du fait d’accueillir le jour qui vient avec reconnaissance. Etre en vie, regarder, ressentir, sont des raisons d’être reconnaissant et de rendre grâce au divin Blick Bassy est profondément africain.

Si sa musique s’enrichit de rythmes, d’influences exogènes, ses fondations et ses racines sont en Afrique au Cameroun, en pays bassa. Il prouve que l’on peut demeurer authentique et toucher des personnes pour qui sa langue maternelle est étrangère.

Il a trouvé le moyen de nous inviter à communier avec lui en présentant simplement les thématiques de ses chansons.

Dans une de ses chansons, il parle de la bénédiction des pères au fils qui s’en va. Explorez son univers, vous découvrirez une Afrique généreuse, ouverte sur l’autre. Une Afrique qui demeure digne par- delà les vicissitudes de l’existence. C’est le regard qu’il pose sur sa terre et ses racines qui les montrent belles.

Nous avons aussi eu droit à des invités qui sont venus rejoindre le chanteur sur scène. Je n’ai malheureusement pas retenu les noms de tout le monde mais je sais que le passage de Hilaire Penda a été un beau moment. Ce bassiste qui est en plus un promoteur généreux des artistes mérite une large audience à la mesure de son talent. C’est beau de voir les générations collaborer dans le respect comme ils le font.

Blick Bassy est accompagné par d’excellents musiciens et le percussionniste et le batteur nous offriront un duo éblouissant. Le guitariste et le batteur ont appris à maîtriser les fondamentaux de l’assiko. C’est impressionnant. Le chanteur d’un regard ou d’un sourire lancé à ses musiciens dit une jolie complicité.

Il y a eu de bien jolis moments et la voix de Blick Bassy et le voile posé dessus sont si émouvants.

Ce soir là au New Morning, il n’a pas seulement chanté pour nous, il était au milieu de nous et chantait pour et avec nous. Il semblait heureux d’être là, nous l’étions aussi.

A la fin du spectacle, ses traits fatigués disent l’énergie qu’il faut dépenser pour un tour de chant abouti. Pourtant l’homme est souriant et disponible, échangeant un mot ici et là. Se livrant aux séances de dédicaces et à celles improvisées de photos avec des admirateurs avides de graver l’instant.

Merci à lui de nous avoir offert une belle soirée et un final très camerounais et très festif. Le public s’est levé pour danser. Enfin. Quelle soirée !!!!

Chantal EPEE

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