Un soir enchanteur au New Morning avec le Kora Jazz Band

Le New Morning est décidément un lieu magique.

Quand on prend le temps de regarder la programmation à venir, il nous prend l’envie soudaine d’y prendre résidence. Seulement voilà, ce lieu dans lequel résonnent de belles mélodies et qui donne un espace pour s’exprimer à bien des talents ne fait pas hôtel. Comme c’est dommage. Dormir dans un endroit en étant accompagné par les visages et la mémoire de Chet Baker, Louis Armstrong, Charlie Parker et John Coltrane entre autres relève du rêve.

Semaine après semaine, les programmateurs de cette salle nous invitent à découvrir ou redécouvrir des artistes aux univers variés aussi variés que magnifiques. C’est ainsi que jeudi dernier, nous avons eu le privilège de nous laisser envoûter par le bel univers du Kora Jazz Band. Quelle merveille que cette formation ! A les voir et à les entendre, il m’a semblé faire un voyage dans un passé qui a été avant que je n’arrive sur terre. J’étais dans une boîte de jazz à la nouvelle orléans, transportée par la voix d’une chanteuse de jazz et par le piano d’un Duke Ellington ou de quelque autre génie qui des décennies après leur départ continuent par une note de musique, par une phrase chantée, à ouvrir un sublime ailleurs. La musique, quand elle est bonne est un voyage qui relativise les notions de temps et d’espace.

Le Kora Jazz Band a la capacité  de vous abstraire du présent. Elle semble dissoudre tout ce qui n’est pas elle dans l’après et vous centrer sur le dialogue dans lequel vous êtes entrés avec elle.

Ce jeudi soir, l’ambiance du New Morning est feutrée. La salle est comble et à notre arrivée il n’y a pas une place assise, hormis celle à côté de la dame qui estime que le repos de sa valise sur une banquette est prioritaire sur le séant de quelque humain.  C’est debout, comme des combattants que nous allons accueillir la musique du Kora Jazz Band. Nous sommes prêts  à nous laisser envoûter. Plus tard, la musique aura manifestement adouci les moeurs de la dame à la valise, puisque son précieux bagage  aura disparu de la banquette, mais revenons à la musique.

Huit ans déjà qu’ils existent. Huit ans qu’ils enchantent, émerveillent, surprennent et ravissent ceux qui les écoutent. Les critiques à leur égard sont dithyrambiques. Cela peut effrayer qui va pour la première fois à un de leurs concerts. Sera t-on déçu dans la mesure où tout ce qui a été dit précédemment aura rendu exigeantes nos attentes ?

Ce groupe a été connu d’abord sous le nom de Kora Jazz Trio.

Quel cadeau ils font à la musique en faisant dialoguer le piano occidental et la Kora africaine sans que l’un n’étouffe l’autre. Quel don ils nous font de s’offrir en toute simplicité et dans une convivialité qui nous transporterait dans un ailleurs dans lequel on se sent autorisé à ôter ses souliers, s’asseoir par terre, fermer les yeux et écouter un conteur qui nous entraîne d’une rive à l’autre, d’un royaume à un autre, d’une figure mythique à la suivante. Leur musique est langage, elle est voyage, elle est magnifique.

Sur la scène, Abdoulaye Diabaté, le pianiste qui est celui qui dirige les choses nous invite à entrer dans leur musique.  Le musicien qui joue de la Kora  frappe le regard par la joie manifeste qu’il éprouve à jouer. Son sourire est comme une conjuration de la peine et de l’absence de Soriba Kouyate qui est brutalement décédé huit jours après la fin de  l’enregistrement de leur dernier album. Le concert est dédié à celui qui jouait de la Kora dans ce groupe. Gone too soon…

Regarder les immenses sourires qui illuminent les traits du musicien quelquefois, et de regarder ses yeux fermés  comme il s’abandonne à la musique donne de réaliser que la musique est bien plus que notes égrenées ça et là.

Et il y a Moussa Sissokho le percussionniste enthousiaste qui quelquefois semble jaillir de son siège pour accompagner un formidable moment de musique.

Sur la scène le trio de base et de superbes invités :  le fantastique Andy Narel au Steelpan, Omar Marques à la batterie notamment. Avez-vous déjà vu Andy Narel bouger sur scène comme il est emporté par la musique ? Cela vaut le détour.

Ensemble ils nous offrent du jazz de haute facture, visité par une Afrique authentique, magnifique, portée par une Kora de toute beauté.

Le pianiste compositeur et arrangeur du groupe qui est le maître de cérémonie nous fait voyager dans leur musique sans profusion inutile de mots. Il laisse la musique parler pour eux. Au début du concert, il dédie la soirée à l’absent puis il nous entraîne d’une musique à l’autre, d’un enchantement à un éblouissement. La complicité des musiciens est manifeste et se traduit dans la fluidité de la musique qui nous est offerte. Ils sont heureux d’être là, nous aussi.  Les uns et les autres nous offriront des solos initiés par Abdoulaye Diabaté.

Si les percussions sont maîtresses dans l’univers de Kora Jazz Band elles n’étouffent ni le piano, ni la Kora. L’intelligence musicale  d’Abdoulaye Diabaté est telle qu’il ne se met pas en avant sans raison. Il laisse la musique s’affranchir de lui pour nous appartenir un peu. Il la laisse réclamer à certains moment davantage de percussions que de piano. Il la laisse entamer un pas de deux avec la Kora. Alors le pianiste se met en retrait égrenant quelques notes pour soutenir la mélodie.

Derrière ses percussions, Moussa Sissokho se laisse quelquefois jaillir sa passion par des gestes et des postures qui captent l’attention. C’est fascinant de le voir comme il se laisse embarquer par sa passion pour ses instruments. Sa complicité avec Omar Marquez et Andy Narrel est évidente. Ensemble ils nous offrent des duos, ou trios de toute beauté.

Ecoutez ce moment de musique vous verrez que nous sommes privilégiés d’avoir assisté à ce concert :

Si ce groupe passe du côté de chez vous, n’hésitez pas à les voir en concert vous devriez en être enchantés.

Merci au Kora Band Jazz de nous avoir fait vivre un moment de simplicité de d’absolue beauté.

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