MIRIAM MAKEBA

« Quand une éxilée devient Mama Africa et chante sa liberté volée…

Johannesburg 1932, une jeune « sangoma », c’est à dire une guérisseuse traditionnelle de la tribu des Swazi , donne naissance à une petite fille qu’elle nomme Uzenzile Makeba Qgwashu Nguvama. Elle choisit Miriam comme prénom occidental , mais elle préfère l’appeler affectueusement Zenzi, qui est le diminutif de Uzenzile et qui signifie « Tu ne dois t’en prendre qu’à toi-même ».

Pour aider son mari à faire face aux dépenses du ménage, la maman vent illicitement la fameuse bière traditionnelle sud-africaine appelé « umqombothi ». Zenzi n’a que dix-huit jours lorsque sa mère est arrêtée et écope d’une peine d’emprisonnement de six mois fermes. La jeune femme a le droit d emporter son bébé avec elle, et l’enfant passera donc les six premiers mois de sa vie en prison.

Toutefois, Zenzi ne gardera aucune séquelle de cette période; à six ans, c’est une fillette pleine de vie dont le talent en chant se fait déjà ressentir à la chorale de son école. Mais un malheur viendra tout de même marquer son enfance, la mort de son père alors que la gamine n’a que cinq ans.

La carrière de celle qui deviendra Miriam Makeba débutera réellement en 1950, alors qu’elle vit seule avec sa mère et sa petite fille, Bongi. Elle rejoindra le groupe de jazz sud-africain les Manhattan Brothers. Pour la première fois, son visage apparaitra au public grâce au poster du groupe. Mais Miriam finira par quitter le groupe pour créer sa propre bande, uniquement composée de femmes et dont le répertoire reprend des mélodies traditionnelles sud-africaines.

En 1956, elle sort le single célèbre Pata Pata » qui connaitra plus tard un succès mondial. La chanson est diffusée sur toutes les radios du matin au soir et provoque une véritable furie dans les rue de Johannesburg. Hélas, Miriam ne ramasse que des miettes pour le succès de ce célèbre morceau.

C’est en 1959 que Miriam Makeba va réellement percer en apparaissant dans Come Back Africa, un documentaire anti-apartheid. Le réalisateur, Lionel Rogosin qui en obtient une nomination au Festival de Venise, en Italie, insiste pour que Miriam l’accompagne à la première du film. C’est là que la jeune femme se fait remarquer par les plus grands cinéastes et qu’elle se voit proposer la voix lead feminine pour la présentation de la version sud-africaine de King-Kong à Broadway, aux côtés de celui qui deviendra son époux, Hugh Masekela.

« J’ai toujours voulu quitter l’Afrique du Sud, mais je ne savais pas qu’en le faisant, on m’empêcherait de revenir. Probablement, si je le savais, je ne l’aurais jamais fait. C’est très douloureux de se retrouver loin de ce qu’on a toujours connu. Personne ne connait la douleur de l’exile avant d’avoir connu l’exile. Peu importe le lieu où vous êtes, il y aura toujours des moments où les gens vous montreront leur amour et leur gentillesse. Mais il y aura aussi des moments où ils vous feront comprendre que vous êtes avec eux, mais que vous n’êtes pas des leurs. »

C’est ce que Miriam retiendra de sa longue période d’exil. Au départ, elle s’en va à Londres, puis aux USA.

A Londres, elle rencontre Harry Belafonte grâce à qui elle obtient son visa d’entrée aux Etats-Unis, et là où son véritable succès prend son envol.

En 1960, à la nouvelle du décès de sa mère, Miriam souhaite regagner l’Afrique du Sud pour assister aux funérailles, mais c’est là qu’elle fait la terrible constatation de l’annulation de son passeport sud-africain. Cette épreuve lui fend le cœur, elle vit son succès tout en se sentant constamment emprisonnée par cet interdiction de rentrer chez elle.

Miriam signe avec RCA Records et sort son premier album aux Etats-Unis, « Miriam Makeba ».

En 1962, elle accompagne Belafonte à la soirée d’anniversaire du président Kennedy au Madison Square Garden, mais prend congé d’assister à l’aftershow à cause d’un malaise qu’elle ressent. Toutefois, Kennedy qui aurait souhaité rencontrer cette chanteuse à la voix incomparable et qui l’a laissé sans voix, insiste auprès de Belafonte pour la convaincre de revenir. On envoit une voiture la reprendre, et ce soir là, Miriam rencontre Kennedy en personne et échange avec le Président des Etats-Unis.

En 1963, Miriam décide de dénoncer les méfaits de l’apartheid auprès des Nations Unis. Elle est une femme sans pays, elle accuse l’Afrique du Sud d’avoir fait volontairement d’elle une apatride. D’autres pays comme la Guinée, le Ghana et la Belgique, touchés par cette déclaration, lui accordent un passeport international. Miriam devient une citoyenne du monde, et en tout et pour tout, elle obtiendra 10 passeports de 10 pays différents.

En 1966, Miriam et Belafonte se voient discerner le Grammy Award du Meilleur Disque Folklore. L’album

« An Evening with Belafonte/Makeba » traite des conditions politiques injustes dans lesquelles vivent les Noirs en Afrique du Sud. Les chants sont en Zulu, Sotho et Swahili. Après ce succès, Miriam brillera de mille feux de par sa célébrité mondiale et enregistrera les classiques tels que « The Click Song » en Xhosa, langue de la tribu de son père ou « Malaïka » en swahili.

Malgré ce succès qui ne cesse de grandir, une chose étrange attire l’attention des fans et des journalistes, provoquant une sorte de curiosité sur la personne de la diva sud-africaine: Miriam refuse systématiquement et catégoriquement de se maquiller, et même de défriser ses cheveux quand elle doit monter sur scène, ou lorsqu’on l’invite à une émission télé. On lui attribue un style que l’on nomme l' »Afro look ».

En 1967, plus de dix ans après la première sortie de « Pata Pata », le morceau sort aux Etats-Unis et connait un succès phénoménal.

« Cela fait désormais dix ans que je suis en exil. Le monde est libre, même si certains pays ne le sont pas. Voilà pourquoi j’ai plié bagage et je suis restée. »

L’amour s’empare du coeur de la diva en 1968. Elle épouse Stokely Carmichael, activiste des droits civils d’origine trinidadienne, membre des Black Panthers. Cette union crée la controverse aux USA, Miriam en perd ses contrats et voit ses concerts annulés. Le couple vit mal cet injustice autour de leur union et décide de s’installer en Guinée.

Durant les quinze années où ils y vivent, Miriam et Stokely tissent des liens d’amitié avec le couple présidentiel Ahmed et Andrée Sékou Touré. Grâce à cette relation, Miriam est nommée déléguée officielle aux Nations Unies et reçoit le Prix de la Paix de la Dag Hammarskjöld.

En 1973, Miriam se sépare de Stokely et continue ses tournées de par le monde. Elle retourne même aux Etats-Unis où, comme elle s’y attendais, elle rencontre un boycott total.

En 1974, elle est invitée par le Président Mobutu du Zaïre à chanter pour le fameux combat « Rumble in the Jungle », où Muhammad Ali combattra George Foreman.

En 1975, Myriam interpelle à nouveau les Nations Unies, il se passe des choses injustes en Afrique du Sud, que font les nations?

« Durant mes premières années où je suis retournée aux Etats-Unis, certains me demandaient toujours pourquoi je ne chantais plus. Je répondais: mais je chante dans le monde entier! En fait, quand un chanteur ne chantait pas aux Etats-Unis, c’est comme s’il ne chantait pas du tout. »

En 1985, Miriam perd sa fille unique Bongi Makeba, chanteuse talentueuse et énergique comme sa mère. La jeune femme qui n’a que 35 ans décède en Guinée des suites d’un accouchement difficile. Miriam en souffre énormément et décide de quitter la Guinée pour vivre à Bruxelles. C’est là qu’elle rencontre Paul Simon, qui l’aide à renouer avec le publique américain grâce au Graceland Tour.

Des évènements joueront des rôles clés et feront pression au Gouvernement sud-africain quant à l’emprisonnement de Nelson Mandela: la Freedomfest, Free Nelson Mandela Concert, and Mandela Day, des évènements qui visent la libération de l’activiste sud-africain et auxquels Miriam participera de façon active.

Lorsque le 11 février 1990 Nelson Mandela est libéré, Miriam va enfin reposer les pieds sur la terre qui l’a vue naître, elle rentre en Afrique du Sud le 10 juin 1990 avec son passeport français.

Le 16 octobre 1999, Miriam Makeba est nommée Ambassadrice de bonne volonté de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). En 2005 , elle décide de mettre fin à sa carrière, tout en continuant à se battre pour les causes qu’elle estime dignes.

Le dimanche 9 novembre 2008, Zenzi s’éteint à l’âge de 76 ans en Italie, à Naples. Après avoir partcipé à un concert de soutien pour Roberto Saviano, auteur de « Gomorra », écrivain et journaliste italien traqué par la mafia napolitaine, la Camorra.

Celle qui pourtant a vu le jour sous le soleil sud africain, a été exclue pendant des années, voire la moitié de sa vie de sa terre natale. Miriam se considérait comme une femme sans pays. En effet, même si elle savait bien d’où elle venait, on lui interdisait d’aller là où son coeur était, et ce, quand bien même les différentes nations l’avaient accueillie à bras ouverts.

Pour n’avoir jamais perdu l’espoir de retourner librement chez elle, celle que l’on connait encore aujourd’hui comme la « Mama Africa » mérite divinement bien le titre de Reine et d’Héroïne d’Afrique, ne trouvez-vous pas?

Certainement qu’ après la lecture de ce récit, certains d’entre vous iront écouter la diva sud-africaine en voyant se défiler dans leurs pensées les différentes étapes de son parcours à mesure que sa voix particulière s’élèvera. C’est cela la magie de la musique, la magie que nous offre Mama Africa à tout jamais…

Si vous êtes d’humeur joyeuse je me permets de vous proposer « The click song »; si vous êtes d’humeur amoureuse, je vous propose « Malaïka »; et si vous êtes d’humeur triste, écoutez donc « The Lion Sleeps Tonight »…

Mais si vous le faites, et si vous le faites bien, vous l’entendrez chanter l’hymne de ceux et celles à qui l’on a retiré la liberté mais qui n’ont jamais dit leur dernier mot…

Natou »

Copié sur le site Reine et Héroïnes d’Afrique
http://reinesheroinesdafrique.doomby.com/pages/recits-des-reines-heroines/miriam-makeba.html

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