Dorothy Irene Height, Educatrice et Militante des droits civiques. Femme brillante, une vie dans le siècle

« Je voudrais laisser le souvenir d’une personne qui a utilisé tout ce qu’elle était et tout ce qu’elle pouvait  toucher au service de la justice et de la liberté. Je voudrais demeurer dans les mémoires comme celle qui aura essayé »

Dorothy HEIGHT

Dorothy Height a vécu durant près d’un siècle. Sa vie débute durant l’ère Jim Crow,  (un homme politique raciste et auteur de nombreuses lois ségrégationnistes et racistes) et elle s’éteint sous la présidence de Barack Obama.

Dorothy naît le 24 mars 1912 à Richmond en Virginie. A une époque où les femmes américaines n’ont pas le droit de vote. Dorothy Height vivra assez longtemps pour voir une Afro-Américaine exercer les fonctions de secrétaire d’État. Elle jouera un rôle actif dans presque tous les mouvements de réforme du XXe siècle en faveur des Noirs et des femmes, et, durant plus de deux décennies, elle  dirigera le Conseil national des femmes noires (National Council of Negro Women – NCNW).

Du temps où elle est enfant, et comme elle grandit, les perspectives d’avenir semblent étroites dans un contexte vicié par la ségrégation et le racisme.

Quelles perspective d’avenir pour cette enfant qui en plus d’être de sexe féminin est noire ? Quels projets peut on faire quand l’on a des parents sont nés peu après la guerre de sécession, que l’on est noire, que l’on est fillette ?

Ses parents, Fannie Burroughs Height et James Edward Height, sont un symbole de réussite par le travail dans un Sud dans lequel les lois iniques de Jim Crow imposent aux afro-américains de drastiques restrictions professionnelles et personnelles. Ils exercent tous deux une profession libérale : son père est entrepreneur en bâtiment et sa mère infirmière. À mesure que la demande de charbon et d’acier augmente durant la Première Guerre mondiale, les industriels du Nord commencent à recruter des ouvriers afro-américains dans le Sud.

En 1916, chassés par la ségrégation et attirés par l’industrie du Nord, les Height s’installent à Rankin, petite ville minière et sidérurgique de Pennsylvanie située non loin de Pittsburgh, dont les premiers ouvriers sont venus d’Europe de l’Est et du Sud. De Rankin, « je garde quantité de souvenirs de bonnes relations entre des personnes totalement différentes les unes des autres », écrit Dorothy Height dans Open Wide the Freedom Gates : A Memoir (New York, 2003).

Fannie et James Height sont instruits et ambitieux. Ce sont aussi des chrétiens convaincus qui consacrent leur temps libre à leur congrégation. Comme Dorothy se souviendra plus tard : « Mon père était très actif dans les milieux baptistes … [et] notre maison était une sorte de lieu de réunion » pour les Noirs du Sud venus chercher du travail dans les industries du Nord, même si les emplois y étaient toujours plus précaires et moins bien rémunérés pour les Noirs que pour les Blancs.

Les parents de Dorothy entendent que leur fille soit bonne élève et participe à la vie locale.  C’est une élève brillante. À l’âge de 14 ans, après avoir sauté plusieurs classes, elle est élue présidente de la Federation of Girls Clubs de l’État de Pennsylvanie et devient une icône de la Young Women’s Christian Association (YWCA).

Passionnée par les débats, elle gagne une bourse d’études lors d’un concours d’éloquence parrainé par Elks, société nationale dont l’Elks National Foundation soutient les bonnes œuvres. Un jury entièrement composé de Blancs décerne à Dorothy Height, seule concurrente noire, le premier prix – une bourse – pour son discours dans lequel elle soutient que les garanties constitutionnelles s’adressent aussi aux anciens esclaves et à leurs descendants. C’est le début de son action en faveur des droits civiques.

Toute jeune adolescente, Dorothy habite Harlem avec l’une de ses sœurs quand elle vient à New York pour ses études au Barnard College. Admise à Barnard, elle se voit pourtant refuser l’entrée à la dernière minute au motif que les quotas annuels réservés aux étudiants noirs dans cette université sont complets. Aussi décide-t-elle de s’inscrire à l’université de New York et de devenir assistante sociale.

Dorothy Height accède à la scène internationale dans les années 1930, décennie marquée par la crise économique et les réformes politiques. C’est dans le Harlem de cette époque qu’elle constate personnellement les effets dégradants des préjugés raciaux en observant les mauvais traitements infligés aux domestiques noires ainsi que la pauvreté dans les rues de son quartier. Elle reste à New York, où deux des femmes les plus en vue de l’Amérique du XXe siècle, la Première Dame Eleanor Roosevelt et la fondatrice du NCNW Mary McLeod Bethune, exerceront sur elle une profonde influence.

Mary Bethune avec qui elle pose ici était (avec Eleanor Roosevelt) l'un des modèles Dorothy Height.

En 1937, Dorothy Height quitte son poste d’assistante sociale pour devenir directrice adjointe du foyer Emma Ransom de la YWCA à Harlem. C’est là qu’elle fait la connaissance d’Eleanor Roosevelt et de Mary Bethune, qui lui demandent d’adhérer au NCNW pour lutter en faveur des droits de la femme, de l’égalité des chances en matière d’emploi et d’éducation. C’est un moment crucial. Bien qu’elle reste employée de la YWCA jusqu’en 1977, Dorothy Height se consacre au NCNW, puis à l’association d’étudiantes Delta Sigma Theta de son université. Elle est présidente nationale de Delta de 1947 à 1956 et du NCNW de 1977 à 1998. À sa retraite, elle exercera la fonction de présidente d’honneur du NCNW.

Dorothy Height, à droite, est sur l’estrade avec Martin Luther King lorsqu’il prononce son discours mémorable « Je fais un rêve », le 28 août 1963.

Dans les années 1960, Dorothy Height devient l’un des principaux dirigeants de la lutte pour les  droits civiques aux États-Unis. Elle est l’unique femme de l’United Council of Civil Rights Leaders, où elle représente le NCNW – seule organisation féminine au sein du mouvement des droits civiques – et travaille aux côtés de personnalités plus connues telles que Martin Luther King et Roy Wilkins.

Quand avec conviction et passion l’on défend des causes perçues comme justes et essentielle, l’âge n’a pas de prise sur le feu intérieur qui anime celui qui s’investit pour une cause plus grande que lui. L’investissement de Dorothy Height et son action au profit des causes qui lui étaient chères ne faibliront pas avec l’âge.

En 1986, alors qu’elle a 74 ans, elle lance une croisade en faveur des familles noires et engage le NCNW dans l’aide internationale pour améliorer les conditions de vie des femmes et des familles en Afrique et dans les pays en développement. Elle demeure active jusqu’à sa mort, le 20 avril 2010.

Elle aura écrit deux livres.

Le premier, Open Wide the Freedom Gates, est un essai paru en 2003.

Le second, Living with Purpose, publié à titre posthume, traite de la quête du véritable objectif dans la vie et de la manière de s’y conformer. Elle y relate les leçons apprises de personnalités telles que Roosevelt et Mary McLeod Bethune, mais aussi de mères de famille du Mississippi ou d’enfants en Inde.

La remarquable mémoire et le sens de la formulation de Dorothy Height, associés à un engagement inégalé pour la justice sociale et à un extraordinaire charisme, ont fait d’elle une éminente personnalité.

J’ai eu le privilège de la connaître personnellement, dit Holly Cowan Shulman. Mais l’historienne que je suis voit aussi Dorothy Height comme une figure emblématique à travers laquelle les Américains peuvent examiner et se remémorer leur passé commun.

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Adapté de la biographie témoignage de Holly Cowan Shulman.  Légères modifications, et coupes.


Lien : http://iipdigital.usembassy.gov/st/french/publication/2012/02/20120214101124×4.143268e-02.html#axzz1pNzA2Tob

pour en savoir plus : http://iipdigital.usembassy.gov/st/french/publication/2012/02/20120214101124×4.143268e-02.html#ixzz1pNzYDlmb

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