Frantz FANON extrait de peau noire, masque blanc

 « Il y a une constellation de données, une série de propositions qui, lentement, sournoisement, à la faveur des écrits, des journaux, de l’éducation, des livres scolaires, des affiches, du cinéma, de la radio, pénètrent un individu en constituant la vision du monde de la collectivité à laquelle il appartient.

Aux Antilles, cette vision du monde est blanche parce qu’aucune expression noire existe (…) Un européen, par exemple, au courant des manifestations poétiques noires actuelles, serait étonné d’apprendre que jusqu’en 1940 aucun antillais n’était capable de se penser nègre. C’est seulement avec l’apparition d’Aimé Césaire qu’on a pu voir naître une revendication, une assomption de la négritude (…) Quand les nègres abordent le monde blanc, il y a une certaine action sensibilisante.

Si la structure psychique se révèle fragile, on assiste à un écroulement du Moi. Le noir cesse de se comporter en individu actionnel. Le but de son action sera autrui (sous la forme du blanc), car autrui seul peut le valoriser ».

Et il faut que le « Moi nègre » soit très solide pour résister à la pression :

« Nous conseillons l’expérience suivante à ceux qui ne seraient pas convaincus : assister à la projection d’un film de Tarzan aux Antilles et en Europe. Aux Antilles, le jeune noir s’identifie à de facto à Tarzan contre les nègres. Dans une salle d’Europe, la chose est beaucoup plus difficile, car l’assistance, qui est blanche, l’apparente automatiquement aux sauvages de l’écran.

Cette expérience est décisive.

Le nègre sent que l’on est pas noir impunément. Un documentaire sur l’Afrique, projeté dans une ville française et à Fort de France, provoque des réactions analogues.

Mieux : nous affirmons que les Bochimans et les Zoulous déclenchent davantage l’hilarité des jeunes antillais.

Il serait intéressant de montrer que dans ce cas cette exagération réactionnelle laisse deviner un soupçon de reconnaissance.

En France, le noir qui voit ce documentaire est littéralement pétrifié. Là, il n’y a plus de fuite : il est à la fois Antillais, Bochimans, et Zoulou ».

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